En avril 2012, ce sera pour moi la 2è fois que je me rends aux urnes pour exprimer ma voi(e?)x politique.
La première fois, en 2007, j’avais 19 ans, étudiante en commerce, fille d’un cadre travaillant pour le géant de l’électricité, n’ayant aucune idée du coût de la vie (mais connaissant parfaitement le prix de la nouvelle collection d’escarpins Guess), ne m’intéressant aucunement à la politique et n’ayant qu’à demander pour avoir… bref j’ai voté au centre (n’y connaissant rien, n’ayant pas d’idée, j’ai coupé la poire en deux), puis à droite (je n’ai pas honte de l’avouer, je ne voulais pas qu’on touche au capital de papa, pis merde, j’étais dans le commerce, les riches c’est la vie).
Mais en 5 ans, ma vie a bien changé. Oh j’ai bien poursuivi mes études dans le commerce, le management et la stratégie d’entreprise, j’ai un papa toujours haut placé mais maintenant je connais le coût de la vie (et beaucoup moins celui des chaussures Guess), je ne demande plus pour avoir : je paye et la politique m’intéresse. Pour ce dernier point, il a fallu m’y pousser un peu. L’homme étant intéressé par ce domaine et les élections approchant, il regarde la plupart des émissions politiques et je me suis rendu compte que j’étais une belle grosse quiche (quoi de plus normal pour une Lorraine) en sciences politiques.
Je ne suis pas sûre d’avoir encore tout saisi et je pense qu’il va y avoir quelques raccourcis et facilités dans cet article, merci donc de me rectifier sans me blâmer sur la place publique, je débute en manigances gouvernementales.
J’aurais tendance à résumer la situation ainsi :
- La droite : capitalistes aimant profondément les riches et glorifiant les saint-patrons qui ont bâti leurs entreprises faisant tourner la France contrairement à ces cons de pauvres qui l’endettent chaque jour en réclamant des aides pour manger.
- La gauche : humainement grand, je retiendrais la belle déclaration d’Hollande qui résume tout « J’aime les gens, quand d’autres sont fascinés par l’argent« . Le leitmotiv c’est : blâmons les enfoirés riches et les entreprises qui se goinfrent de caviars à la barbe de ces pauvres obligés de visiter les Restos du Coeur pour avoir une soupe.
- Le centre : euh… Bayrou.
JE SAIS ce que tu vas dire, je raccourcis les choses et cela est un peu plus compliqué. Oui mais bon.
Alors moi maintenant, j’ai un grave problème. J’ai le cul entre deux chaises. Franchement, ce n’est pas confortable.
Vois-tu, avec le chéri nous sommes en pleine démarche pour faire d’Akibag une SARL, je vais donc bientôt avoir un statut de co-gérante, donc de patron. Mais d’un autre côté, je ne perçois pas de salaire (le chéri non plus) puisque les ventes de marchandises que nous faisons servent actuellement à rembourser le fabricant. Oui parce que fabriquer des sacoches, ça coûte. Alors même si nous sommes « patrons », nous vivons d’amour, de vodka et d’aides de l’état (et d’aides de papounet). Sans ça, nous serions à la rue.
Alors qu’est-ce que je fais ? Non parce que tu vois la gauche, elle me culpabilise. Elle me dit « achetez français », « produisez français », « embauchez les gens pour diminuer le chômage saletés de patron qui faites des bénéfices mais préférez acheter des yachts plutôt que de nourrir des familles ».
Gniiii.
Mais la gauche, tu vois, nous on voulait produire français mais y’a pas d’usines qui fabriquent des sacoches en France, c’est pas de gaieté de coeur qu’on a été en Chine. Pis tu sais la gauche, j’adorerais que notre activité soit tellement forte qu’on soit obligé d’embaucher des gens. Mais regarde la gauche, faut d’abord qu’on mange nous, et qu’on constitue une trésorerie, que notre commerce décolle, qu’on se verse un salaire normal et qu’on ai la force de soutenir d’autres salaires pour embaucher (parce que des salariés, ça coûte très cher). Tu comprends la gauche, tu veux taxer les entreprises encore plus, mais si tu fais ça, nous on meurt tout de suite alors que peut-être, dans 3 ou 4 ans, on aurait crée des emplois…
Alors, je vote à droite ? La droite elle me fait peur aussi. Parce que tu vois, en attendant de rembourser le fabricant et de mettre un peu de trésorerie à côté, nous sommes bien contents d’avoir le RSA, les APL et peut-être d’autres aides futures. Tu sais la droite, pour rentrer toute la marchandise, avoir un bureau convenable et offrir une chambre à la petite, on aurait bien besoin d’un logement plus grand. Mais on est trop pauvres pour en avoir un alors on se réjouit de la construction de logements sociaux supplémentaires. Ca nous arrangerait aussi que l’essence cesse d’augmenter sinon bientôt, nous ne pourrons plus aller à la Poste expédier nos ventes.
Puis, y’a aussi quelque chose que je n’aime pas dans la gauche, c’est de systématiquement taper les riches. On dirait que dans notre pays, avoir de l’argent et pouvoir s’offrir des articles de luxe est devenu honteux, limite une tare. Il ne faut pas oublier que beaucoup sont partis de rien et ont bâti un empire ou obtenu une bonne place. Ils l’ont mérité par leur travail, leur talent, leur créativité ou leur ingéniosité alors pourquoi vouloir les punir et leur prendre encore et toujours plus d’argent ? C’est moche. J’aspire à avoir de l’argent, j’aspire à ce que la création de l’entreprise soit une belle réussite et que ces années de galère, à budgeter les courses et les factures, soient un mauvais souvenir mais en même temps une fierté de me dire « voilà d’où je suis partie, voilà où je suis aujourd’hui« . Je ne veux pas en avoir honte et je ne veux pas que vous me tombiez dessus et me prenez cet argent mérité.
Alors je fais quoi ? Je vote à gauche aujourd’hui et quand j’aurais réussi je vire ma cuti et renie d’où je viens pour privilégier le capitalisme et préserver mon argent ? Laissant crever cette catégorie à faible ressource dont je suis issue et devenant à mon tour un vampire sarkozyste ?
J’sens que ne suis pas prête de trouver chaise à mon fessier…
Ne sois pas égoïste et partage mon talent !
