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Etre une stagiaire exploitée, tu sais, c’est pas si facile

8 décembre 2010

Lalalalalalala

On a coutume d’entendre : « profite de ta vie étudiante, tu vis tes plus belles années, tu verras quand tu entreras sur le marché du travail, ce sera un autre monde ». Oui papy. La vie d’étudiante est facile jusqu’au lycée et après si tu empreintes les chemins de la faculté, que tu as 14h de cours par semaine, 5 soirées étudiantes par semaine et 4 mois de vacances scolaires.

Ma vie était belle jusqu’à la fin de mon BTS, oui. Dire que je ne m’en rendais même pas compte… mais voilà, à partir de la licence, tout s’est gâté. Ah oui, j’ai voulu faire ma grande fille et j’ai donc choisi le cursus en alternance, parce que tu vois, passer ses journées assise sur une chaise inconfortable, avoir un adulte en face qui ne s’arrête jamais de parler à tel point qu’au bout d’un moment tout ce que tu entends c’est « blablablabla », être tout le temps en vacances, ne rien avoir à faire de ses week-end si ce n’est se biturer avec ses potes, et bien tu vois, je trouvais cela extrêmement chiant. Alors j’ai voulu quelque chose de plus motivant et surtout de plus expérimentant (comment ça, le mot n’existe pas ?). Note que c’est très louable de ma part. Sauf qu’au bout d’un moment, on se rend compte que le cursus en alternance, surtout quand tu n’es pas en contrat de professionnalisation mais en stage, c’est un très bon moyen de se faire sodomiser à sec à coup de poteau électrique (excuse cette image un peu trash). Non parce que bon, déjà en France, t’es payé une misère et l’entreprise ne peut pas te payer plus car la loi française est tellement bien foutue que si ton patron à une âme généreuse, l’Etat le taxe sur sa bonne action de vouloir former une étudiante pleine de bonne volonté. Alors bon, tant pis, la pauvre fille elle se contentera de son 33% smicard et elle survivra dans la jungle de la consommation comme elle peut.

Alors, quand, comme moi, on habite près d’une frontière, on a envie d’aller brouter l’herbe ailleurs parce qu’il parait qu’elle y est plus verte. En fait non. C’est même pire.

C’est à ce moment là que commence les beaux discours du patron, des profs, des autres élèves mieux payés, des connards du gouvernement et de tout ceux qui n’ont pas à se soucier de leur fin de mois : « non mais tu sais, dans ce genre de cursus et de stage, ce n’est pas l’argent qui compte mais l’expérience que l’entreprise t’apporte ». Oui, je suis d’accord, m’enfin à un moment l’expérience elle ne se matérialise pas en arbre à billets pour me payer mes factures. Et si je n’avais pas ma mère, je ne pourrais même pas me payer les déplacements pour me rendre au stage. Tu vois, si demain il arrive quelque chose qui nécessite une dépense financière, le stage, je peux l’oublier et ma formation aussi. Donc à un moment, qu’on arrête de me bassiner avec « l’expérience ». Quand tu restes enfermée chez toi parce que tu ne peux plus sortir, quand tu mendies 1 euro pour boire un coup avec tes potes ou pour certains cas plus grave, quand tu bouffes des pâtes à l’eau une quinzaine de jour par mois pour t’en sortir, cette satanée expérience, tu la sens passer vraiment douloureusement et profondément (se référer à la métaphore trash ci-dessus).

Il est aussi à déplorer que ta vie ne ressemble plus à grand-chose lorsqu’il s’agit d’avoir du temps pour toi. Tes périodes d’exams, ton mémoire, tes révisions, tout ça tu les prépares en rentrant du boulot et/ou les week end. Tu sais, les 2 jours que t’as pour souffler normalement ? Ces 2 jours où tu peux sortir avec tes amis ? Ah non merde, c’est vrai tu ne peux plus, tu n’as pas un rond. Ouais donc t’as autant à rester chez toi à relire ton management et [mode vieille aigrie on] apprendre à ton tour comment te venger sur les futurs stagiaires que tu auras sous tes ordres, ah ah. [mode vieille aigrie off]

Non parce qu’en stage, les congés tu sais, c’est écrit noir sur blanc « au bon vouloir de l’entreprise ». Faut pas être con pour se douter que l’entreprise ne voudra jamais. Mais par contre, te faire remarquer que tu fais beaucoup d’erreurs, que t’as l’air crevée et que tu devrais arrêter de faire la fête (surtout quand tu ne sors plus, c’est drôle comme remarque), ça, l’entreprise elle sait faire.

Mais après tout cela, on va me dire que le monde du travail est plus difficile. Merde, je n’aurais plus rien à faire le soir ou le week-end en rentrant chez moi, je disposerais de 5 semaines de congés et j’aurais normalement un salaire qui, si je tiens à jour mes comptes correctement, me permettra de vivre un peu. Ouais t’as raison papy, ma vie de galérienne va trop me manquer.

Ne sois pas égoïste et partage mon talent !


  • http://dontcrygirls.wordpress.com/ Aline

    Haha ! Mais c’est EXACTEMENT ça ! J’adore !!! Je suis aussi en alternance aussi c’est marrant parce que j’avais commencé un article là dessus tellement putain mais adieu vie sociale. Ou adieu sommeil. Au choix.

  • http://www.welovegeeks.be Olivier

    Non, la vie d’étudiante telle que tu la décris ne te manqueras sûrement pas ! En revanche, il est évident que chaque situation a ses avantages et ses inconvénients. La tienne, j’avoue, vu ce que tu écris, n’a pas beaucoup d’avantages :(

    En gros, tu te cognes les désavantages combinés de la vie estudiantine et de la vie professionnelle. Tous les travailleurs qui sont rentrés dans la routine tendent à penser que c’était mieux avant. Sauf que la mémoire fait souvent défaut et que çà manque d’objectivité comme raisonnement. On associe souvent la vie d’étudiant au fait d’être chez papa/maman et donc de ne pas avoir de responsabilité.

    Sauf que c’est de moins en moins le cas : souvent les étudiants en cycle supérieur doivent subvenir à leurs besoins de manière beaucoup moins évidents que les travailleurs.

    Toujours est-il que je te souhaite bon courage ! Bon courage pour tes études et pour supporter un patron qui n’est jamais content (mais pour ce dernier, quelle que soit la boîte pour laquelle tu bosses par la suite, il y a de fortes chances que tu le retrouves sur ton parcours !).

  • Sweb

    Alors, plusieurs choses: quand j’ai monté Akibag, on m’a fait chier pendant 6 mois sur la production chinoise. J’ai beau eu avancer le fait que mon usine respecte le code du travail en vigueur, rien n’y faisait.

    Mes chinois, avec leur dernière augmentation, les moins bien lottis de l’usine sont payés 4000 CNY (Yuan) soit 450€ pour 50h de travail certes (tu fais combien, toi déjà ?)

    Sans compter que la France compte un bon nombre de stagiaires PAS payés du tout.

    Alors il serait bon de balayer devant notre porte avant d’aller faire la leçon aux autres, sachant qu’avec leur faible coût de la vie mes chinois font partie de la classe moyenne, roulent en bagnoles neuves, et vivent dans des appartements similaires aux miens, VOILA.

    Les stagiaires sont nos chinois, c’est même encore pire à mes yeux puisqu’eux vivent décemment avec de tels salaires.

    (d’autres commentaires ailleurs sur l’internet mondial)

  • Pingback: Tweets that mention Etre une stagiaire exploitée, tu sais, c’est pas si facile « Lili -- Topsy.com

  • http://twitter.com/kaoo K’ao

    A mon premier stage je faisais office de facteur… J’allais quasi tous les jours chercher/déposer tout le courrier à la poste. J’étais même pas payé (ouais il y a 4 ans ils n’étaient pas obligé…), et ils se sont fait pas mal d’argent sur mon dos.
    Je dirais qu’une chose… ‘culés. –’

  • Sofia

    Je ne dirais qu’une chose…AMEN!

  • Pingback: Pakito.eu » Le retour de ma plume

  • http://www.capitaine-mousse.fr Capitaine Mousse

    Pour mon stage de fin d’année de DUT, j’ai bossé dans une agence de Com pendant 3 mois, en temps que développeur/intégrateur/Admin réseaux…. Bref, pas mal de taf.

    J’ai du mettre en ligne une dizaine de sites, faire des démos aux autres devs pour la 3D avec flash, j’ai mis en place un serveur SVN…

    J’ai donc du rapporter quelques milliers d’euros à cette entreprise (au vue des devis qui sont passés dans mes mains) mais, en guise de cadeau final, je n’ai eu le droit qu’à des critiques durant ma soutenance.

    Bref, être stagiaire en france, c’est vraiment une galère pas possible, et du foutage de tronche inimaginable…

  • http://www.zinzinule.blogspot.com/ julie z

    Les stagiaires ont la vie dure, c’est vrai !
    Mieux vaut se présenter comme « recherchant un job d’été » que comme recherchant un stage : au moins, on est mieux payé (voire payé tout court). Ce qui est d’ailleurs assez illogique, parce que quand on fait un stage c’est qu’on est réellement intéressé par le milieu…

  • http://www.phenix-factory.net Phenix

    En France c’est la galère. En Belgique c’est plus proche de l’Enfer puisqu’on à pas le droit d’être payé pour nos stages. Nada. Sauf peut être les heures sup, s’ils sont disposé à te laissé en faire.

    Il y a toujours plus mal que soit.

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  • MarieShani

    C’est Mamy…
    J’ai commencée à rédiger un commentaire mais j’ai été interrompue sans arrêt, je ferais donc comme la dernière fois je fignole ce week end et hop…
    Sinon, c’est brillant et plein d’humour, plein d’infos sur une situation que la plupart ignore…
    Si la vie de stagiaire est une vraie galère je vais te décrire celle d’avocat stagiaire qui n’existe plus sur le papier, le stage a été supprimé…mais la galère existe toujours…