Comme un effet de vide, un état de manque, une nostalgie persistante et une mélancolie qui colle à la peau. Voilà comment je me sens en ce moment. Plus je suis entourée et plus je me sens seule. Les gens qui gravitent autour de moi m’aiment mais est-ce que moi je les aime aussi ? Je me demande seulement si j’en suis capable parfois. Un jour, une personne voulant fortement me blesser m’a dit « Tout le gens autour de toi finissent par te fuir, même ta propre famille t’abandonnes, tu devrais te poser des questions ».
C’est ce que j’ai fais, j’ai remué le problème dans tous les sens, je l’ai étudié sous tous les angles et je n’ai jamais eu la réponse à la question « est-ce ma faute ? ».
Je n’ai jamais été très émotive, ni vraiment sentimentale. J’ai même envie de dire que je ne suis pas du tout sensible aux autres. Je parais forte et je le suis certainement, je suis contente de ne pas faire fi des autres, de ne pas me laisser ralentir par mon entourage et de n’en faire qu’à ma tête sans me soucier une seule seconde de perdre ou non ceux qui se prétendent mes proches. Pourquoi ? La question est là, d’où me vient ce je m’en foutisme ? Cette loi qui fait que je ne m’attache à rien, ni à personne ?
La réponse était là, sous mon nez, pendant toutes ces années et pourtant, je ne viens de la voir que maintenant. Comme un moment de lucidité, cela m’a frappé le cerveau et l’évidence s’est imposée d’elle-même. Des tas de souvenirs douloureux sont remontés à la surface, les larmes ont roulées sur mes joues pendant des heures mais la vérité est enfin apparue.
Les gens m’abandonnent toujours.
Tout a commencé, dès mon plus jeune âge. Les souvenirs sont flous mais la douleur est intacte. Mon grand père paternel, sans vraiment d’explication, nous a laissé. Ma grand-mère, mon père (son propre fils, merde) et moi. Il est tout simplement parti à l’autre bout de la France. Sans remords, sans se retourner, sans même vraiment dire au revoir. Alors que, quelques mois (peut être années) plus tard, mon père et moi partons en vacances dans le Sud de la France, nous décidons de lui rendre une visite. Voir ce qu’il est devenu, connaître sa nouvelle vie. Je ne me souviens plus vraiment de ce moment… Il parait que c’est mieux ainsi. Ce que je sais, c’est que depuis, plus l’ombre d’une nouvelle. Aujourd’hui, je ne sais pas s’il est mort ou vivant, heureux ou malheureux ou tout simplement s’il lui arrive encore de penser à moi et à ces moments où il s’installait sur la moquette du salon pour jouer avec moi. Ca me ronge et ça me tue. Ca me hantera jusqu’à la fin de mes jours mais j’apprends tous les jours à vivre avec.
L’histoire aurait pu s’arrêter là mais, quelques années plus tard, le schéma se répète. Ma grand-mère, maternelle cette fois, divorcée depuis un moment de mon grand père et remarié avec un homme extraordinaire, nous quitte. Du jour au lendemain, elle déclare qu’elle n’a plus de famille et s’en va, à l’autre bout de la France aussi. Elle ne donne et ne prends aucune nouvelle. Aujourd’hui, je me demande si elle est morte ou vivante, heureuse ou malheureuse ou s’il lui arrive de penser à moi. Si les souvenirs des étés passés avec elle, à visiter des lieux historiques lui reviennent en mémoire et que je lui manque.
Le schéma ne s’est plus répété depuis. Seule la mort m’a enlevé des êtres chers mais, même si cela peut vous paraître dur, eux au moins, ne sont pas partis de leur plein gré. Ils ne m’ont pas complètement lâché, ignorant mon existence et crachant sur tous les moments de bonheur passés auprès de l’enfant que j’étais. L’enfant trop jeune pour crier sa colère, trop jeune pour qu’on lui explique les raisons de cet abandon.
Je ne pourrais jamais le faire.
Alors aujourd’hui je l’écris ici. D’une part, pour moi, pour encrer ma peine sur du papier et ne plus l’avoir encré en moi. Pour vous, d’autre part, pour que vous arrêtiez de vouloir me changer et de croire que mon comportement n’a rien d’humain. Non je ne m’attache pas, toi qui lis ces lignes, si demain tu ne me donnes plus de signe de vie, je m’en remettrais sans trop de peine.
Trouvez moi horrible, sans cœur, de glace, qualifiez moi de monstre, cela m’est égal. Quand toute petite, les personnes ayant le même sang que vous, la même chair, vous laisse comme si vous n’étiez rien, vous abandonne sans aucun regrets ni remords, qu’attendre de parfaits inconnus ?
Ne sois pas égoïste et partage mon talent !